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Montréal Anyways
Article : Trois semaines sans écrire
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12
7 février 2013

Trois semaines sans écrire

Mais les gens du Mondoblog, vous avez perdu la tête? Priver ainsi des écrivains d’écriture pendant plus de trois semaines. Trois semaines, on peut vivre sans manger, mais sans écrire oh-là ! Moi j’avais préparé des tas de reportages : le Mali, le mariage pour tou, le Cirque du Soleil, les Canadiens anglais (notre relation amour-haine), et d’autres : la vente illégale d’ovules, les whippets au chocolat noir, la mort…

Whippet_noir_triplechoc_fr
Eh oui! ils en font au chocolat noir maintenant. Du grand raffinement. Et vous savez comment ils appelaient ça avant? Des têtes de nègre.

J’ai même déniché un vieux monsieur, un Italien, qui affirme connaître mieux Montréal que les chauffeurs d’autobus «parce qu’eux, ils font toujours le même trajet». On allait se revoir pour qu’il me fasse faire son tour de ville, me raconte des souvenirs dont personne ne se souvient plus, mais j’ai dit : non, à Mondoblog, ils ont des problèmes avec des trucs de plate-forme machin machin, j’ai pas trop compris.

Alors tant pis pour vous : pas de mémoires italiennes, pas d’ovules illégales.

Moi, ça ne me fait rien. J’ai continué à écrire : des lettres pour des gens qui les attendaient depuis longtemps, des reportages pour des médias qui n’en voulaient pas, des essais sur des sujets qui n’intéressent que moi. Et de la musique, et des lectures, et des films. Je ne me suis pas ennuyé une seconde. J’ai même écrit une chanson qui fait : «Je ne sais que faire/Je ne sais où aller/Je serai mort dans un certain nombre d’années».

Mais non, je rigole.

Mais c’est vrai que je me demande un peu ces jours-ci : quoi faire, tiens?

Et c’est même pas la faute de Mondoblog, c’est qu’il fait moins je-sais-pas-combien ici. Ça dit moins 15 sur le thermomètre, mais avec le vent, ça fait moins mille. Vive le vent, vive le vent! Oui je veux bien, mais ils ont enregistré des passages à 105 km/h à Montréal. Ils l’ont écrit dans La Presse : «Éole se lève». Et c’est pas parce que les journaux raffolent des jeux de mots à deux sous comme titres (ils sont payés pour ça ?) qu’Eole ne s’est pas levé.

Alors, bref, je pose des lapins, je dépose des lapines et puis hop, au cinéma où il fait moins froid que chez moi. Il fallait voir le nouveau Haneke (immoral, délicieux), le nouveau Tarantino (moral, délicieux), le nouveau Hong Sang-soo (oral, délicieux), le nouveau Nadav Lapid (halal, délicieux) et d’autres films moins bons, mais je vous les épargne.

Et puis maintenant que je les ai tous vus, j’ai commencé à écrire moi-même une histoire, en fait, c’est une histoire vécue (ou qui le sera) je vous donne le titre : «Stalking éthique, ou comment j’ai traqué la plus belle fille que j’aie jamais vue pour lui dire qu’elle était exactement cela».

D’ailleurs, faut que je vous laisse. C’est un work-in-progress.

P.S. Merci à Elliot pour le webmastering et Ziad pour les mises à jour régulières.

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13. janv.
2013
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Mea culpa

C’est une histoire vieille comme le monde. Un abribus du Boulevard Chambly à Longueuil. Une Québécoise de 20 ans (la sosie d’Anna Karina) et une Algérienne infertile contactée sur Kijiji. Un crime: la première s’apprête à vendre une ovule à la seconde parce qu’elle a besoin d’argent pour une rhinoplastie. Oui oui. Comme rhinocénoros: une chirurgie plastique du nez.  Mais qu’est-ce qu’il a ton nez? Il est très bien. Non, tu vois, il est croche. Mais je vois rien. Elle m’a sorti une loupe de sa sacoche. Ah oui! Je vois.

Moderne vous dites? So 2013?

Vouloir porter un enfant ? Vouloir se trouver belle? Le désir de féminité? Voyons! C’est juste qu’aujourd’hui, quand on veut, on peut. Grâce à la toute-puissance de la technologie.

Elle m’avait donné rendez-vous à 17h10 dans le dit abribus longueuillois, en face de L’aubainerie entrepôt. En fait, je l’avais invitée à faire de la figuration dans le court-métrage d’un ami, mais elle pouvait pas: «Zut, j’ai une réunion avec la dame qui veut m’acheter une ovule pour 6000 dollars.» Je l’ai convaincue de me laisser y assister.

C’était ma première fois à Longueuil, une banlieue de Montréal qui ressemble à toutes les autres banlieux d’Amérique du Nord: un peu beaucoup trop de décorations de Noël.

Je suis à l’heure. Je m’assois dans l’abribus. Je sors Les Lieux et la Poussière de Roberto Peregalli, conseillé par Pierre Foglia. 10 minutes. Une citation d’Heidegger: «Seul ce qui vient au monde de façon négligeable deviendra un jour une chose». 20 minutes. Une dame y entre. Je baisse la tête. Je la sens qui me regarde. Je ne peux m’empêcher de faire de même. Manteau blanc style Canada Goose. Teint berbère. C’est elle. Eye contact. Je suis gêné. Je souris comme toujours quand je suis gêné. Je suis un bien mauvais espion.

Mon amie arrive finalement. Elle est belle comme tout. Elle s’excuse d’être en retard. Elle m’envoie un SMS: «Suis-nous.» Je réponds: «OK, mais de l’autre bord de la rue.» 10-4.

Elles ont fait trois aller-retour sur le Boulevard Chambly entre l’Aubainerie et une épicerie sénégalaise. La dame ne m’a remarqué, mais je n’ai rien entendu non plus.

Et je me les gelais.

Une demi-heure. Mon amie prétexte d’aller au McDo pour pisser. Elle m’envoie un SMS: «Je vais essayer de l’emmener dans le Tim Hortons. Rejoins-nous là-bas dans 5 minutes.»

Merci! J’y vais. Je m’achète un café et un beigne que je n’ai jamais mangé. Je prends un Journal de Montréal qui traînait et je m’assois à la table qui faisait dos à la dame.

La musique était forte alors je n’ai rien entendu de plus que dehors, mais j’ai trouvé dans le journal une faute d’orthographe dans le nom du Premier ministre («Stephan Harper» au lieu de «Stephen Harper») et une phrase qui ne faisait aucun sens: «Puis, euphorique, Kim s’est exclamé: «We’re going to the Oscars !!!!», provoquant une nouvelle vague de cris qui ont sûrement réveillé les voisins qui ne dormaient pas encore.» Réveiller des voisins qui ne dorment pas. Oui, je sais: les journalistes sont pressés. N’empêche…

À un moment donné, j’ai fixé mon amie du regard et j’ai essayé de la faire rire avec une grimasse. Elle n’a pas bronché. Quelle actrice! Nez pas nez, cette fille ira loin dans la vie.

Puis après le départ de la dame, mon amie m’a tout raconté, dont la raison pour laquelle le rendez-vous s’était fait dans un arrêt d’autobus: «Tu le croiras pas, elle m’a dit qu’elle avait peur des journalistes.» Je me suis senti un peu mal. Est-ce que c’était vraiment nécessaire d’aller jouer à l’espion avec cette pauvre Algérienne infertile qui juste a envie d’être maman pour vrai?

Un journaliste avec qui je correspond parfois m’écrivait l’autre jour: «J’en ai beaucoup contre les journalistes-flics.»

Je ne le referai plus. Promis-juré-craché.

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Article : No soy jinetera
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5
2 janvier 2013

No soy jinetera

Il y a une publicité de Sunwing dans le métro le deuxième plus proche de chez moi que je prends souvent parce que le chemin pour s’y rendre est plus joli.

walk-beach

 

Une plage où se promène un jeune couple. Le gars a la chemise déboutonnée, pas trop laid, et la fille on l’imagine moche parce que des lunettes de soleil lui couvrent le visage. C’est écrit en gros : «Des vacances JUSTE POUR VOUS» sur fond d’eau turquoise qui n’est pas du tout photoshoppée (je le sais parce que l’eau à Cuba est vraiment de cette couleur là, j’y reviens tout juste). En bas dans le coin gauche, le logo d’un site web : autenticacuba.ca, mais je vous assure que le Cuba authentique, je suis le seul du million de Canadiens (500 000 Québécois) qui s’y rendent chaque année à l’avoir vu pour vrai.

S’il y a un million de Canadiens qui s’y rendent chaque année (et la moitié de Québécois, ce qui est significatif parce qu’on fait moins du quart de la population du pays), ce n’est pas parce qu’ils ont de la famille là-bas. Il y a à peine 10 000 Cubains au Canada tellement il fait froid l’hiver et justement c’est pour ça, c’est que le 27 décembre, j’ai manqué la plus grosse tempête de l’histoire de Montréal. Je ne sais pas combien de centimètres en une seule journée, mais beaucoup. (Bon O.K. : 45 centimètres!)

Non, ce n’est pas non plus pour voir le Cuba authentique: ça ils s’en foutent les Québécois autant que le Canada authentique (on aime mieux les montagnes Rocheuses), la France authentique (la Tour Eiffel que même moi j’aime bien) ou n’importe quoi d’authentique. Les Québécois ne vont même pas à Cuba pour l’eau turquoise, mais parce qu’ils ne se les gèlent pas (bien sûr) et pour se plaindre de la bouffe de merde dans les tout-compris.

Ils y vont aussi parce que c’est moins cher que d’aller en Floride (où habitent paradoxalement un million de Cubains) et d’ailleurs même moi c’est pour ça que j’y étais allé la première fois il y a deux ans. 298,13$ aller-retour Montréal-La Havane !

Cette fois-ci, c’était plus cher (deux fois plus cher), mais j’y allais pour autre chose : pour assister à Poesía Sin Fin, un festival de musique-théâtre-performance-cinéma organisé par des amis à moi, pour voir mon pote Miguel le roi de La Havane, sa mère que j’aime peut-être encore plus que lui, et, en secret (ne le dites pas à la fille de Génération Berlin), pour revoir cette fille qui m’avait refusé une date à l’hiver 2010 (Yunia qu’elle s’appelait).

– On va boire un verre si tu veux?

– Mais j’ai pas d’argent.

– T’inquiètes, je t’invite.

– Non, je suis pas une pute (jinetera en argot cubain).

– Je te le paye je te dis.

– Mais tu comprends rien toi !

Cuba, c’est un pays du tiers-monde qui fait comme si ce n’en était pas un. L’écrivain havanais P.J. Gutiérrez disait «cette île tropicale, à la fois naïve et prétentieuse».

Et ton voyage?

Je ne vous dirai rien de plus. Fermez les yeux. C’était ça, en mieux.

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Article : Les chercheurs d’or
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22 décembre 2012

Les chercheurs d’or

C’en est fini de l’école de journalisme. Enfin. Aujourd’hui, j’ai complété tous les cours nécessaires à l’obtention de ma licence. Enfin. Enfin. Enfin. Je dis «enfin» parce que ça fait deux ans et demi que j’y suis des cours et je me demande bien franchement ce que j’y ai appris. C’est vrai: j’étais un mauvais élève, mais j’ai fait autre chose au début – j’ai fondé deux web magazines -, et puis j’ai décidé de me concentrer sur mes études. (Pas l’école. Mes études.)

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Ryszard Kapuściński en compagnie de soldats du Movimento Popular de Libertação de Angola en 1975 (Crédit photo: Ryszard Kapuściński)

Certains profs m’ont dit que ce n’était pas un métier pour moi, mais ils me connaissent bien mal. J’ai toujours adoré explorer l’inconnu. Fouiller. Ça et écrire aussi bien sûr.

On pourrait dire que le «fouillage» est le propre du journaliste. Pas juste. Un poète polonais (je suis polonophile, si ça existe) parlait ainsi de la poésie: la poursuite passionnée du réel. Passionnée forcément parce que désespérée: on ne rattrapera jamais le réel, et même si c’était le cas, comment le communiquer objectivement?

Donc, le journaliste-chercheur de vérité, j’ai bien vite compris qu’il était analogue au chercheur d’or. De la politicaillerie, des enquêtes sur des gens corrompus (rarement sur des gens honnêtes), des sports, de la «culture», de l’international (des dépêches d’agences surtout), sans compter les sections «auto», «vivre», «vins», «voyage» pour la pub, la section «économie» ou «affaires» pour apprendre à faire de l’argent et de plus en plus, des appels à la charité, pour que les lecteurs ne se sentent pas trop mal d’en faire…

J’ai constaté qu’une minorité de journalistes s’approchaient un tant soit peu du réel – souvent ceux qui font les faits divers -, et je me suis longtemps demandé pourquoi.

J’ai trouvé la réponse chez une autre polonaise, Prix Nobel elle aussi. C’est la demande qui n’y est pas: deux personnes sur mille s’intéressent à la vérité. Et j’avoue qu’il y a quelques mois, je me qualifiais dans les 998 sur mille. J’avais décidé de cracher sur la vérité. Parce que la vérité, c’est le doute et le doute, c’est l’ennemi principal de l’action.

Pourquoi j’étais plutôt pour l’action que le doute? Parce que c’est beaucoup plus plaisant. Après quatre ans à l’université, je n’avais fait que douter, et puis, je m’étais comme «nihilisé»: j’avais arrêté de faire des tas de trucs hyper-plaisants que je faisais avant : de la musique, du cinéma, des sports, du journalisme et j’en passe… dommage, non?

Pourtant, comme journaliste, le doute, c’est un outil essentiel, c’est-à-dire que c’est en doutant qu’on s’approche le plus de la vérité. C’est mon prof préféré qui m’a dit: «Le journalisme peut être utile – ce n’est pas la panacée, mais quand même – pour faire douter les gens, pour défaire des mythes, pour remettre en question les certitudes.»

Il me l’a dit après les cours bien sûr (on ne dit pas ça à des futurs chercheurs d’or), mais sur le coup ça m’a donné confiance. Peut-être que le journalisme n’était pas si inutile que ça finalement. Et puis je suis rentré chez moi et je me suis rendu compte que ce n’était toujours pas ça. Le doute mène à l’inaction. L’inaction, c’est la solitude, c’est l’ennui.

Et si j’exagérais? Et si les poètes étaient défaitistes?

Il y en a un autre Polonais, un journaliste cette fois, qui a passé la plus grande partie de sa carrière en Afrique (il l’appelait «mon Afrique»). Je vous le traduis si vous voulez:

– Quel genre de nouvelle ne se retrouvait pas dans les journaux?

– Ce n’était pas la nouvelle qui ne se retrouvait pas dans les journaux: c’était ce qui entourait la nouvelle. Le climat, l’ambiance dans la rue, le sentiment des gens, les rumeurs de la ville, l’odeur; les mille et un éléments de réalité qui font partie de l’événement qui vous est décrit en en 600 mots dans votre journal du matin.

Il avait une expression latine pour décrire le réel: silva rerum, la forêt des choses. Pour lui, le journaliste devait se trouver au centre de la forêt pour s’approcher de la vérité.

Je le cite encore dans la même entrevue:

«Pourquoi je suis un nouvelliste? Pourquoi j’ai risqué ma vie tant de fois, suis passé si proche de la mort? […] Pour gagner un salaire? Pour moi, ce n’est pas une vocation, c’est une mission. Je ne me soumettrais pas à ces dangers si je ne pensais pas qu’il y avait quelque chose d’absolument important – à propos de l’histoire, à propos de nous-mêmes –  que je sentais qu’il fallait que je communique. Cela est plus que du journalisme.»

La poursuite passionnée du réel. C’est le doute et l’anti-doute comme antidote. L’impression que ce qu’on lit et entend dans les médias, ce n’est pas tout à fait ça qui se passe en réalité. Le sentiment (absurde peut-être) qu’on peut arriver plus près de la vérité que les autres et même communiquer ce qu’on voit, au moins subjectivement.

Je veux bien essayer. Mais ce n’est pas pour la Vérité. C’est parce que je m’amuse comme un fou à jouer au chercheur d’or. «But I’m getting old», chantait un Canadien anglais.

Pas moi. Pas encore.

P.S. Demain, je pars en reportage à Cuba.

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Article : L’aigle et le bébé
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19 décembre 2012

L’aigle et le bébé

Voilà un événement qui, enfin, fera parler de nous : cette vidéo, mise en ligne hier soir, d’un aigle royal qui attrape presque un bébé sur le Mont-Royal.

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Fou, non ! (voir ICI)

Pas ce qui s’est passé (si vous ne croyez pas que l’aigle royal est assez puissant et intelligent pour attraper un bambin, voyez ce qu’il peut faire avec une chèvre : ICI)

Mais un aigle royal à Montréal en décembre, voyons ! Tout le monde qui a un père ornithologue (comme moi) sait que c’est improbable, même impossible.

Les aigles royaux vivent surtout sur la côte ouest de l’Amérique du Nord (du Mexique à l’Alaska) et ceux du Canada migrent de toute façon au sud à l’automne, alors que la vidéo semble avoir été filmée fin novembre, vu l’absence de feuilles dans les arbres, tout comme de neige au sol encore comme c’est le cas ici depuis deux semaines. Étrange qu’ils aient attendu un mois avant de partager la vidéo, non ? Un bébé qui se fait attraper par un aigle, quand même, ce n’est pas banal: pourquoi attendre ?

Je parie en tout cas que sept millions de personne, sauf les ornithologues et les spécialistes des ombres (apparemment qu’elles ne concordent pas), y aient cru.

Mais c’était un faux ! Eh oui… de l’animation 3D. Des étudiants du Centre NAD.

Mais si l’effet 3D est assez formidablement réussi, c’est surtout le faux-amateurisme de la vidéo qui l’est. Qui aurait pensé qu’on ait pris des heures et des heures à «photoshopper» une vidéo aussi amateur? Je suis d’ailleurs convaincu qu’en plus des ornithologues et des spécialistes des ombres, les cinéastes de porno aient immédiatement décelé la supercherie, eux qui sont depuis des années maîtres dans l’art du faux-amateur.

Mais quand même, ce n’est pas suffisant: le jeu des acteurs est tellement banal que génial, et évidemment, le bébé qui pleure… Des faussaires n’auraient pas fait pleurer un bébé.

Eh oui !

Qu’est-ce que ça nous dit sur nous-mêmes tout ça ? Qu’on est incrédule ? Non, puisque certains internautes ont rapidement mis la vidéo en doute. Qu’on est mal informé ? Non plus: est-ce vraiment utile dans la vie de savoir que les aigles royaux du Canada migrent vers le sud à l’automne ? Alors ? Bah… qu’on présume la bonne volonté des gens.

Des étudiants en animation 3D n’auraient quand même pas fait pleurer un enfant pour avoir une bonne note dans leur travail de fin d’année! Eh oui… et parfois, ce n’est pas des enfants québécois qu’ils font pleurer, mais des enfants de tous les pays, et pas seulement à Newtown aux États-Unis, mais aussi à Dhaka au Bengladesh et à Gaza en Palestine.

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Article : Montréal Cohen
Montreal
5
9 décembre 2012

Montréal Cohen

En revenant, j’ai rencontré un ancien surveillant de mon école secondaire. Il me posait plein de questions. Étudiant en journalisme ? Cool. À l’UQAM, ah oui? C’est une bonne école. Dans quel domaine tu te spécialises ? Culture. Cool. Et tu couvrais quelque chose ce soir ? Ah oui ! Leonard Cohen, c’était bien? Attends, tu vas écrire sur un concert que tu n’as même pas vu ? Hein?

Leonard Cohen en concert à Montréal les 28-29 novembre 2012 (crédit photo: Didier Debusschere)

Eh oui, je me suis posé devant le Centre Bell, tout près des revendeurs de billets, et j’ai posé des questions aux gens, toutes simples : « C’est votre premier concert de Cohen? Comment vous le connaissez ? C’est quoi votre chanson préférée ? » Et les gens ont parlé, ils ont dit des tas de trucs : ils ont le 45 tours original de Suzanne, ou une première édition d’un de ses recueils de poèmes, ils l’ont vu en concert à Paris dans les années 1970 ou bien l’ont croisé il y a deux-trois ans dans un fast-food au coin de Mont-Royal et Saint-Laurent…

Mais leur chanson préférée ? Ça, ils ne savent pas. Moi c’est facile, il y en a trois: Stories of the Street, Famous Blue Raincoat et So Long Marianne … et j’ajoute la reprise en français d’Avalanche par Jean-Louis Murat… et encore sa reprise à lui d’Un Canadien errant. Eux, ils cherchaient, ils ne trouvaient pas. « Dance me to the end… Dance me to the end of love ? » Oui c’est ça. Ils ont été deux à me dire celle-là. Une de ses pires !

Il y avait un vieux monsieur, un Anglais qui m’a dit : « C‘est une chanson sur la vieillesse, ça dit where I used to play, ça parle de la vieillesse, i ache in the places where I used to play, je ne me souviens plus du titre. » Deux femmes derrière lui l’ont trouvé: c’est Tower of Love. Des Anglaises aussi, d’Angleterre. Ce sont elles qui l’avaient vu en concert à Paris en 1972. « À l’époque, il était plus connu en France qu’en Amérique. »

Un curieux est venu me voir: « T’écris pour un blogue ? J’accompagnais ma femme moi, c’est une vraie fan. Vous n’allez pas au concert vous ? Non, ma femme s’est acheté un billet à 350$ qui comprenait un coffret spécial. Il ne restait plus d’argent ». On a ri. Il aimait bien Cohen lui aussi, il aimait bien une chanson avec U.S.A. dans les paroles (Democracy). Ses enfants aimaient moins ça : « Ah non! Pas encore lui, c’est tellement plate… »

Je la connaissais très bien, Democracy, parce que j’avais étudié les paroles dans mes cours d’anglais au secondaire. Je n’avais pas réalisé alors à quel point il était controversé de chanter Democracy is coming to the U.S.A. en 1992, comme si elle n’était pas arrivé encore. And I’m neither left or right. I’m just staying home tonight.

J’ai fait une dernière entrevue pour la chance et j’ai parlé à ce monsieur qui m’a dit : « Leonard Cohen m’a introduit aux artistes folk anglophones, Joni Mitchell, etc. J’étais plutôt nationaliste avant et c’est lui qui m’a sorti de mon monde. » Je ne le croyais presque pas avant de croiser un jeune portant un macaron d’Option Nationale (petit parti indépendantiste). Montréal paraît tellement banal pour la génération qui a eu des cours d’anglais depuis l’âge de 8 ans, mais on ne se rend peut-être pas compte qu’il y avait une séparation beaucoup plus nette entre les francos et les anglos dans les années 1960. Leonard Cohen était politisé à sa façon, en ne l’étant pas, justement. Neither left or right.

Il ne s’était d’ailleurs pas gêné de voler la femme d’un sculpteur québécois : Suzanne.

Ça aurait fait une belle chute ça, mais je ne peux pas ne pas mentionner avant de clore cet article que je me suis fait traité de travesti par un itinérant qui traînait par là : « T’es un travesti. Je t’ai vu dans le village (gai). T’as une pomme d’Adam. » Ça m’a fait rire.

Pourquoi ? Un indice : «Montréal Anyways».

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Article : Marilyn, Mermet et la radio contre l’obésité
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3 décembre 2012

Marilyn, Mermet et la radio contre l’obésité

«It’s not true I had nothing on. I had the radio on», révélait candidement Marilyn Monroe en 1952 lorsqu’est sorti le scandale du Golden Dreams, ce calendrier de nus dans lequel avait posé trois ans plus tôt la future sex-symbol – un peu cassée à l’époque –  pour 50$ (400$ en valeur actuelle).

Marilyn Monroe qui écoute la radio… passionnément (crédit photo: Tom Kelley)

Pas bête la fille. Twentieth Century-Fox avait essayé de cammoufler l’affaire, mais Marilyn – qui avait le sens de la pub – avait appelé les médias pour dire: «Pourquoi nier? Vous pouvez le trouver n’importe où. En plus, je n’ai pas honte. Je n’ai rien fait de mal.» Le pin-up s’était retrouvé dans le tout premier magazine Playboy en décembre 1953.

Bon, ce n’est pas exactement de ça dont je veux parler aujourd’hui mais de radio…

Ah! la radio: cet anachronisme fabuleux!

C’était le dévoilement hier du Prix du journalisme des Radios francophones publiques 2012, qui a été remporté comme d’habitude par les Belges pour un excellent reportage sur la prison de Mons, prison dans laquelle Paul Verlaine a écrit son «Ô mon Dieu, vous m’avez blessé d’amour» (il y avait séjourné pendant 1 an et demi pour avoir tiré deux fois sur Rimbaud, ne me demandez pas pourquoi).

Radio-Canada avait proposé lui un autre reportage platte sur les pensionnats autochtones. C’est pas le sujet le problème, c’est l’angle (rien de nouveau sous le soleil) et surtout le style: la narration plus mièvre que les pires poèmes de Verlaine, les témoignages pathétiques de victimes autochtones, l’avis d’un avocat, d’une psychologue, beaucoup de pleurs, mais pas les miens. J’ai plutôt ressenti un malaise.

C’est dommage parce qu’il y en a de la radio francophone pas mal au Canada, mais rien pour intéresser Marilyn Monroe je crois, en tout cas, rien comme en France, et je pense bien sûr à L’Atelier des médias sur RFI, mais aujourd’hui plus particulièrement à l’émission Là-Bas si j’y suis sur France Inter. Connaissez? Non? Continuez à lire.

Je l’écoute tous les matins (ici c’est à 9h, en France 15h) et franchement, c’est toujours bon: Daniel Mermet qui est la plus belle voix de gauche que je connaisse, la «boite vocale» des AMG («auditeurs modestes et géniaux»), des entrevues passionnantes et des grands reportages que ce soit en France ou à l’international (ils sont même venus au Canada ce printemps). De gauche oui, très à gauche, mais à une époque où «tous les gens sont de droite», comme l’a si bien dit Gaspard Proust, il faut bien quoi!

Ils ont rediffusé la semaine dernière un reportage réalisé en 2006 sur l’incendie de l’usine KTS Textile à Chittagong au Bangladesh (63 morts). Ils étaient là. Ils ont tout vu.

Je l’ai écouté deux fois. Une fois, j’ai pleuré. L’autre fois, j’ai eu envie de gueuler.

Et l’analyse en direct de Daniel Mermet: «C’est terrible de penser qu’il y a peut-être des gens à l’intérieur qui sont en train de brûler là-dedans. C’est dingue. C’est dingue, parce que c’est cette pression imbécile de la consommation qui veut, qui veut, qui veut, qui veut, qui veut: des prix, de la camelote, toujours de la camelote, toujours des prix plus bas, et puis un pays hyper-pauvre. Un pays hyper-pauvre qui est bien obligé de s’écraser et de répondre à ces commandes à prix cassés quoi! C’est pas n’importe quel incendie ce qu’on voit. Évidemment, ça se passe comme n’importe quel incendie, sauf que ça, c’est un incendie de pauvres. C’est un incendie de pauvres et c’est l’incendie de l’exploitation.»

Ce n’est plus du journalisme. C’est de la poésie.

Enfin, c’est de la poésie dans le sens que Aristote lui a donné: plus vraie que l’histoire.

—–

Et l’obésité? J’allais oublier…

C’est que j’ai fait écouter Là-bas si j’y suis à ma diététicienne de mère et elle a eu l’idée de conseiller l’émission à ses patients parce qu’elle veut «qu’ils mangent plus lentement». Comme on le sait, on se rend seulement compte qu’on n’a plus faim 15 à 20 minutes après avoir commencé à manger. Le temps d’engouffrer quatre big macs et trois cocas quoi!

Regardez Marilyn. Ça marche!

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Article : Alea jacta est
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23 novembre 2012

Alea jacta est

La nouvelle ne va ni faire le tour du monde ni même du Canada ni même de Montréal, alors je vous en glisse un mot : Jean Barbe a été remercié par le Journal de Montréal pour avoir comparé Martineau et Duhaime aux «prisonniers dans les camps de la mort qui acceptaient, pour un peu de viande, de faire la police auprès des leurs» dans un blogue qui n’existe plus.

Qui est Jean Barbe ?

Franchement, ça a très peu d’importance. J’ai lu un de ses livres (Comment devenir un monstre) il y a plusieurs années et je n’avais pas détesté. Je l’ai croisé dans les manifestations étudiantes au printemps. Un bonhomme à l’air sympathique. Il est de la «gauche artistique» si on peut l’appeler ainsi, rien à voir avec le Journal de Montréal dont le directeur de l’info m’a déjà avoué qu’il était «plus comme Paris Match».

Qui sont Martineau et Duhaime?

Ah ! ça, c’est peut-être important. C’est qu’ils sont les principales voix de la droite économique au Québec – dans les journaux disons – mais une droite populiste, celle qui tourne les coins rond, du genre «N’augmentons surtout pas les impôts, sinon les riches vont partir» et qui répond «Mais la dette ?» à n’importe quel débat de justice sociale.

Et justement, quand j’ai lu le texte de Jean Barbe (avant qu’on le «remercie») – qui me semblait une critique bien vulgarisée de cette vision de l’économie omnisciente véhiculée dans nos journaux comme la plus «réaliste» et la plus «pragmatique», quand elle est évidemment une seule vision parmi bien d’autres et probablement la plus réductrice si vous voulez mon avis -, j’ai écrit sur Facebook : «Jean Barbe, relaxe, mais t’as raison.»

«Relaxe», parce que Martineau et Duhaime ne sont comparables aux «kapos» des camps de concentration que dans leur pragmatisme égoïste. Mais prisonniers eux-mêmes de leur rôle de «bouffons de la droite», je doute qu’ils aient la même relation d’interdépendance que les kapos avec le système qu’ils supportent. En fait, j’ai l’impression qu’ils font surtout nuire à la droite tandis que selon l’intellectuel allemand Eugen Kogon et prisonnier numéro 9093 du camp de Buchenwald : «Le système d’un camp de concentration devait sa stabilité en grande partie à une structure de kapos.»

Cela dit, Jean Barbe a raison dans le fond: « Votre vérité est une vérité captive, enfermée entre des murs bien épais dans la prison du libéralisme économique. Et vous y êtes vous aussi, comme nous y sommes tous, prisonniers d’une logique économique qui ne rend pas heureux, qui nous tord comme des éponges, qui n’a d’autres fins que la croissance et qui, en croissant, massacre la seule planète que nous sommes en mesure d’habiter.»

En comparant les chroniqueurs de son propre journal à des kapos, il jouait avec le feu.

Mais j’espère bien que Jean Barbe a été licencié par manque de loyauté envers ses collègues et non pas parce qu’il comparait le néolibéralisme à l’holocauste. Parce que, plusieurs, John Berger entre autres, l’ont fait avant lui, en parlant du néolibéralisme comme d’un genre de «fascisme économique», une expression qui repose sur la théorie de «société de contrôle» de philosophes comme Gilles Deleuze et Michel Foucault.

Pas des cons.

Selon certains experts, Foucault «voyait dans Auschwitz et son monde de la mort une culmination des technologies de domination, avec leur objectification des humains.»

Et c’est sans doute ça le danger du néolibéralisme, c’est qu’en dehors des périodes de crises économiques, il ne paraît jamais tellement cruel, mais côté «technologies de domination» et «objectification des humains», il n’est pas mal non plus, non ?

Voilà en partie pourquoi je ne m’offense pas de la comparaison maladroite de Jean Barbe (suicide professionnel ?), même si elle visait peut-être les mauvaises personnes. Car il y en a bien d’autres des kapos, mais ce n’est pas Martineau et Duhaime, ou bien à peine.

***

L’autre raison, et là où je crois que Martineau et Duhaime, avec leur franc-parler habituel, auraient dû s’opposer au renvoi de Jean Barbe, c’est la liberté d’expression.

Certains s’offensent que des chroniqueurs anglophones traitent les séparatistes du Québec (au pouvoir dans la province en passant, un peu comme le Hamas…) de racistes.

On a parlé de ça au congrès de la FPJQ samedi dernier, et je suis plutôt de l’avis de Pierre Vennat à propos de ce qu’on appelle en Anglais le fair comment ou le commentaire honnête: «Si le gars y dit des conneries, bien y dit des conneries et puis qu’y mange de la marde.» («manger de la marde» = «Alea jacta est» en québécois, ou presque…)

Laissons nous donc exagérer et traitons nous de nazis et puis qu’on mange de la «marde».

Comme l’écrivait Jean Barbe sur Twitter en diffusant l’article qui lui a fait perdre sa tribune: «Quand ça sort, ça sort.» Et pourquoi pas, tiens, si ça lui a fait du bien?

 

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Article : Journalism matters à Saint-Sauveur
Non classé
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18 novembre 2012

Journalism matters à Saint-Sauveur

Parce que mes grands-parents habitent tout près, la ville de Saint-Sauveur tombait assez bien pour accueillir le congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Trois jours de discussions, d’ateliers, de remises de prix, bref, trois jours d’échange entre journalistes et non-journalistes (merci aux organisateurs d’avoir invité des externes) sur ce que devrait être la «littérature à la hâte». J’en suis ressorti avec un amour renouvelé pour mon futur métier et les excellents sandwichs pas de croûtes de Mamie Pierrette.

L’affiche du congrès: «La liberté guidant le peuple» (ou presque) de Delacroix

Il y avait tout le monde. J’ai discuté avec le «camarade» Saulnier, Monique Dumont d’Enquête, Jacques Nadeau le photographe, le chroniqueur Yves Boisvert que j’adore même si je ne suis pas toujours d’accord avec lui, le retraité Pierre Vennat qui parle fort et tant mieux. Pierre Foglia, mon gourou, n’était pas là évidemment. Il connaît déjà la réponse à la question posée hier : «Comment rester crédible dans un monde polarisé ?»

Encore plus qu’avant, la question des opinions obsède les journalistes d’aujourd’hui, en cette drôle d’époque où le reste du monde s’exprime partout – sur Twitter, etc. – alors qu’il est dit, bien sûr, que le journaliste doit rester objectif, impartial, neutre, tous des mots qui reviennent à la même chose : cachez ces opinions que nous ne saurions voir.

Vous comprenez que je trouve ça con : un métier presque synonyme de liberté d’expression qui, en même temps, proscrit absolument d’afficher ses opinions.

Mais la crédibilité, dit-on…

Pierre Tourangeau, ombudsman de la télé d’état, a bien résumé l’affaire en réponse au dernier atelier de la journée intitulé Où tracer la ligne ? : «C’est juste une question de crédibilité», dit-il. En effet, si tu t’affiches trop d’un bord ou de l’autre, tu risques de perdre la moitié de ton public, peut-être plus, à moins que tes lecteurs aient déjà la même opinion que toi, dans ce cas, aussi bien ne rien écrire et se flatter entre amis.

Mais je crois que trop est le mot-clé ici.

Selon une étude récente citée par un intervenant externe devant une salle comble, 49% des Québécois pensent que les médias ne sont pas indépendants du pouvoir politique ; 81% pensent qu’ils ne sont pas indépendants du pouvoir de l’argent. C’est beaucoup, mais d’après moi, c’est tant mieux, parce qu’ils n’ont pas tout à fait tord. Pas que les médias fassent dans la propagande constante, mais qu’«ils frappent quand ça compte», comme me le confiait plus tôt cette semaine Pierre Dubuc, rédacteur-en-chef de L’Aut’ Journal.

Les reporters (pas seulement les chroniqueurs) ne devraient-ils pas plutôt afficher leurs partis pris très ouvertement, en plein dans leurs articles, pour plus de transparence ?

Je le crois.

Je sais, on répondra que les gens ont aussi besoin de faits tout court pour se faire leur propre opinion. Je ne dis pas le contraire. Le rôle du journaliste est de «répondre aux questions que les gens se posent», dit Pierre Tourangeau. En gros, c’est ça : éclairer. Ouvrir la lumière en bon Québécois. Après ça, le public verra bien ce qu’il veut.

Mais justement, et ce que j’essaie de dire, peut-être, c’est qu’un fait n’est jamais «tout court», qu’il dépend toujours de quelque chose d’autre : l’éclairage justement.

Quelle couleur, quelle intensité?

Oui, il y a la crédibilité, mais la crédibilité, c’est aussi la transparence non? Il y avait hier un atelier intitulé «Gouvernement ouvert?». Tous les journalistes se plaignaient que la Loi sur l’accès à l’information n’avait pas assez de dents, que les gouvernements n’étaient pas suffisamment transparents. Et le «journalisme ouvert», lui, n’est-il pas souhaitable?

Ah ! et puis, je vous laisse avec une traduction-maison de Hunter S. Thompson :

«Certains diront que des mots comme ordure et pourri n’ont pas leur place dans le Journalisme Objectif – ce qui est vrai, mais ils se trompent de débat. Ce sont les angles morts intrinsèques des règles et du dogme d’Objectivité qui ont permis à Nixon de se glisser jusqu’à la Maison Blanche en premier lieu. Il avait l’air tellement parfait sur papier qu’il était presque raisonnable de voter pour lui sur description. Il semblait tellement all-American, tellement comme Horatio Alger, qu’il a été capable de se faufiler à travers les craques du Journalisme Objectif. Il fallait se faire Subjectif pour voir Nixon clairement, et le choc de la découverte était souvent douloureux.»

Journalism matters, oui.

Mais peut-être que le rédacteur-en-chef du journal étudiant de l’Université du Montréal a eu raison de venir au micro pour affirmer que «rester neutre, c’est prendre position».

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Sur les traces de Leonard Cohen

Auteur·e

L'auteur: Nicolas Dagenais
«I mistrust all frank and simple people, especially when their stories hold together.» C'est mon crédo de journaliste. C'est aussi une phrase oubliée d'un roman d'Ernest Hemingway (The Sun also Rises) qui, on l'oublie souvent, a été journaliste avant d'être écrivain. Mais quelle différence, au fond?

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