• Montreal
  • Musique
Montréal Anyways
Article : 24 heures non-stop ou une journée au Berghain
Non classé
17
18 mars 2013

24 heures non-stop ou une journée au Berghain

N.B. – Voici une expérience de journalisme live. Je ne prétends pas à la vérité absolue, mais ce que vous lirez ici, je l’ai écrit en direct, sur mon téléphone, comme un film de mes impressions objectives et subjectives.

J’arrive au Berghain à 3h45 dimanche matin. Il fait putain froid. La ligne est d’au moins 45 minutes, mais ça va. J’y suis préparé: c’est ma cinquième fois ici. Un couple devant moi: un Canadien et une Berlinoise. On discute un peu. Je leur raconte à quel point le Berghain est important pour moi puisque j’y ai rencontré mon ex. Eux aussi se sont rencontrés ici. On rit. Derrière moi, un jeune: 20 ans à peine. Il nous a entendu. «Where from in Canada?» «Montréal» «Ah! that’s my favorite city on the East Coast.» J’approuve. «And you?» «Itheca. New York State. Ever heard of Cornell University?» «Yes.» «It’s there.»

Il est sympathique. On parle de techno. Il connaît ça mieux que moi. Il connaît par coeur le line-up: Robert Hood, DVS1, Benjamin Damage, Marcel Dettmann, Rødhåd au Berghain (premier étage); Roman Flügel, DVS1, Dixon, Marcus Worgull, Âme au Panorama Bar (deuxième étage). Je m’en tire pas mal, mais je ne connais pas la moitié des chansons dont il me parle. C’est un techno nerd en fait. Il ne boit pas. Il ne prend pas de drogue. Il a dormi 6 heures avant de venir. Kamal qu’il s’appelle. D’origine pakistanaise. Il  va au Pakistan dans une semaine et me dit sa déception de manquer Theo Parrish le 28 au Festsaal Kreuzberg. «You should go there.» Oui, monsieur. J’y serai.

On approche de l’entrée. Les gens sont tendus. Alors que Kamal me parle de son dernier achat (Back 2 Skool de Deeon à 30$ sur eBay), je lui dis de se taire. «Time to act cool.» Douze personnes devant le couple Vancouver-Berlin se font refuser l’entrée. C’est mon tour. Je fais comme si je m’en foutais. Le doorman me dit: «Bist du allein?» «Ja.» Il me fait signe d’entrer. «Have a good night.» Oh my god, I’m soooooo cool! C’est un peu ça le feeling.

Coat check. Oh putain: Almut! «You work here now?» C’est Almut qui m’a introduit au Berghain. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Le 22 juillet 2011. James Holden était en feu. J’avais rencontré Joana cette soirée-là aussi, mais on ne parlera pas de ça hein? Je demande à Almut à quelle heure elle finit. «In 4 hours». Ensuite, elle fera une sieste et reviendra en soirée pour le set de Marcel Dettmann. «Simon will be there as well». Ah Simon! J’ai déjà réalisé un vidéoclip dans lequel on l’avait forcé dans un costume de robot absolument inconfortable. Il ne s’était pas plaint. «Okay, then I’ll see you tomorrow.»

J’entre. Le son est fort. Trop fort. Direction l’avant. C’est la place pour ne pas devenir sourd: un peu devant les speakers. Ici, ça va. Le set de Robert Hood est dans 15 minutes.

Je le connais surtout pour sa participation dans le groupe mythique Underground Resistance avec Jeff Mills, mais j’ai écouté son projet solo quand j’ai su qu’il était à Berlin. Franchement, j’adore son nouveau single: Drive (The Age of Automation). Minimaliste à fond – on dit que c’est Robert Hood qui a popularisé la techno minimale avec son album Minimal Nation en 1994 – mais énergique, jamais ennuyante. Ça lui vient de ses influences disco/soul qu’il explore sous un pseudo: Floorplan. Écoutez cette bombe disco-house qu’il a sorti en 2011 sur le EP Sanctified. Du gospel! Mais il ne la jouera pas parce que son set est en bas, au Berghain où l’on ne joue que de la techno, c’est-à-dire de la musique de robot. Répétitive. Agressante. Inhumaine. Quelle honnêteté! J’adore ça.

Robert Hood est là. J’en reviens presque pas que Robert Hood soit à 3 mètres de moi. De près, c’est juste un noir bâti avec un t-shirt blanc. Mais c’est surtout une légende de la techno. Et Jeff Mills a beau être la grande vedette de Underground Resistance, ce qu’il fait maintenant c’est vraiment nul. Et puis Robert Hood n’a jamais ouvert de magasins de vêtements lui. Et pourtant les gens autour de moi n’ont pas l’air de savoir c’est qui. J’en entends un justement derrière moi: «¿Quién es?» Au moins, on lui répond la bonne chose. Pas tous des néophytes. Enfin, son set commence. De l’ambient pour commencer. Un bon deux minutes. Puis le beat entre, sans feu d’artifice. À partir de la troisième, le party commence. Il est 5h15 du matin. Ça siffle. À la quatrième chanson, la basse est puissante et on entend une voix. Je ne comprends pas. C’est pas ça, mais j’entends «Wie geht’s dir?». Littéralement «comment ça va?» en allemand. Bien, Robert! L’éclairage est un stroboscope bleu et rouge à intervalle qui imite une sirène de police. La cinquième chanson est très groovy. Un gars à moitié nu danse les bras levés vers je-ne-sais-quoi.

(J’ai écrit «Mon coeur bat à 132 BPM», mais c’est un peu kitsch maintenant que j’y pense.)

Ah tiens: voilà Mia qui est là dans son manteau d’hiver. Je l’ai rencontrée ici il y a un an. Elle me reconnaît. Elle me demande de lui rappeler mon nom puis elle dit: «Last year I was dancing naked. Now I got my coat on. I’m so rebellous.» C’est vrai. Elle était à moitié nue, complètement perdue. Elle ne sait pas que j’ai inclu cette rencontre dans une de mes nouvelles (une blonde «aux pupilles grosses comme le monde») et que j’ai donné son nom magnifique à un de mes personnages pour ne pas l’appeler par son vrai nom parce que c’est une fille qui existe aussi, en fait, celle qui m’a fait déménager à Berlin en 2011.

Je lui offre un shooter de Jägermeister. Elle le boit lentement, l’air de ne pas trop aimé ça. Moi non plus, j’aime pas trop, mais il me semble que c’est ça qu’elle avait pris la dernière fois. Ma mémoire doit faire défaut. Peu importe. Et de toute façon on est en Allemagne et la vodka est bonne seulement à 2 heures à l’est de Berlin, en Pologne. Je la regarde un moment. Elle est sous drogue. Laquelle? Who knows? Dès qu’elle le finit, elle met sa main sur mon épaule comme un au revoir (on entend rien ici). Elle est belle.

Je regarde les gens autour de moi. À cette heure, surtout des touristes (Italiens, Français, etc.), ceux qui viennent seulement pour le week-end. Les Berlinois arrivent plutôt vers 8h du matin, bien après le levée du soleil, après avoir dormi parfois. Certains arrivent même en soirée vers 20h, pour y rester jusqu’au lundi matin. C’est assez fou, je sais bien, mais c’est bien aussi. C’est différent. Assez drôle de penser que les gens ici font de l’argent, c’est-à-dire travaillent le jour, et pas tous des artistes ou des gens comme Almut qui travaille au coat check. J’ai rencontré une fille qui était «internet marketing manager» et une autre qui était professeure de géographie au secondaire. Je flirtais un peu avec elle et elle a tenu à me dire: «You know, I’ve got a boyfriend. He’s at home right now with his son.» Génial non? La fille au Berghain pendant que le gars est à la maison à donner le biberon.

Tiens: un iPhone. Je le remarque parce que c’est le premier que je vois de toute la soirée. Même ceux qui sont venus seuls ne regardent pas leur téléphone ici. L’ennui? Connait pas. Faut dire que le set de Robert Hood est divin. Un mélange de techno et de house. En attendant que le bartender me regarde pour acheter un Club Mate (une espèce de boisson énergisante naturelle typique de Berlin), je me dis que l’art du DJ est semblable à celui d’un bartender qui irait chercher les ingrédients les plus frais chaque semaine, les mixerait aux ingrédients classiques, avec une recette unique chaque soir. C’est facile à faire, mais c’est un art. Et si c’était si facile, pourquoi y aurait-il si peu de Robert Hood?

Mon dieu, est-ce que c’est Street Player de Chicago que j’entends? Oui. L’originale. Un bon deux minutes, puis on revient avec la techno. Et puis de la bonne vieille Acid House.

Robert Hood, je t’aime. Allez, fin du texte.

Let’s dance comme dirait David Bowie.

Lire la suite
13. mars
2013
Non classé
15

De la politique

Je suis abstentionniste: la politique, j’en pense rien de bon, parce que qui dit politique dit morale et qui dit morale dit se prendre pour un Dieu, non? Je n’ai pas cette ambition.

Pourtant, je m’y connais assez, et j’ai des opinions assez radicales sur la plupart des sujets justement puisque je m’y connais assez.

Aujourd’hui, j’aimerais parler de racisme.

Mais plus j’y pense, moins ça me tente.

Parce que les racistes, on dit en général que c’est mal et tout, et pourtant j’ai discuté avec l’un d’eux hier, et à la fin de la soirée, franchement, je le trouvais plutôt sympa quoi.

Il adore les Rolling Stones. C’est un jeune Berlinois: 24 ans, beau, blond, avec un pull vert sur un polo à col superbe et des pantalons de tweed; des souliers de cuir fraîchement cirés. Il se vante d’avoir habité dans les trois capitales d’Allemagne (Berlin, Bonn et Weimar), mais il fallait qu’il lâche, je ne sais pas pourquoi: «Je n’aime pas les Turcs.»

Il ajoute bien sûr, en anglais avec un certain accent: «You know, I’m not a nazi, but…»

Il m’explique: il s’est fait aggressé deux fois par des «Orientaux» (un Turc et un Irakien), il les trouve belliqueux et puis j’ai changé de sujet parce que moi les généralisations…

Puis, il me parle de ses études en ingénierie du développement durable ou quelque chose du genre et de la proposition du 3e haut-placé de la deuxième entreprise immobilière d’Europe (il m’a répété 14 fois qu’elle valait une trentaine de milliards de dollars) d’y faire un stage après qu’il eut remporté un concours. Franchement il racontait tellement mal, j’allais m’endormir. Je n’ai pas pris la peine de trouver un prétexte pour aller voir ailleurs, mais au fil de la soirée, je lui ai donné la chance de s’expliquer et j’ai compris.

C’est un évangéliste. Pas religieux. Athée. Mais je le cite: «Ici, les femmes sont égales aux hommes. Chez les Musulmans c’est pas comme ça. Il faudrait les éduquer ces gens-là.»

Voyez, si les immigrants sont tous turcs à Berlin, c’est plutôt les Musulmans ou la religion en général son problème, et en cela, il est plutôt naïf, c’est-à-dire que plutôt que de combattre la cause de cette religiosité excessive («La religion n’est plus opium du peuple, mais la vitamine du faible») et oubliant que les 3-4 millions de Turcs vivant en Allemagne sont parties prenantes de la santé économique du pays depuis les années 1960 sans, malheureusement, en avoir profité, il se rabat sur la conséquence: la religion.

Moi, j’avoue, je doute: pas que les Turcs de Berlin soient trop conservateurs (clairement ce ne sont pas les Turcs d’Istanbul), mais admettons que les 3-4 millions de Turcs-Allemands battent tous leurs femmes (comprenez l’ironie), je me dis que des 50 millions (environ 60%) d’Allemands qui se déclarent soit protestants soit catholiques, il doit y avoir au moins un bon 5 millions de misogynes itoo non? Qui donc doit-on éduquer?

Oui, le Coran dit: «Les femmes sont votre champ. Cultivez-le de la manière que vous l’entendrez, ayant fait auparavant quelque acte de piété.» Mais Saint-Paul ajoute: «Que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler ; mais qu’elles soient soumises, comme le dit aussi la loi. Si elles veulent apprendre quelque chose, qu’elles interrogent leur mari à la maison ; car il est choquant qu’une femme parle dans l’Église.»

Si seulement! (Je rigole.)

Alors puisque que l’hypocrisie prétentieuse des Allemands (dont certains n’haïraient pas que leur pays s’appelle encore le Saint-Empire romain germanique comme le souhaitait Hitler), me fait chier, hier, quand j’ai vu un Turc en béquilles quêter de l’argent dans le U-Bahn, je lui ai donné 5 euros. Les autres m’ont regardé: «Mais qu’est-ce que tu fais?»

De la politique, mes amis.

Lire la suite
11. mars
2013
Non classé
10

Berlin 2013

N.B. – J’avais écrit un article sur mon premier weekend à Berlin, mais c’était trop nul. J’étais pas en état. Je vous laisse la première phrase qui devient un poème pas mal.

La plus grosse différence entre Berlin et
Montréal c’est sûrement
les six heures de décalage horaire. Sinon,
comme toutes les villes, c’est des immeubles,
des gens…

Lire la suite
Article : Et moi, et moi, et moi…
Non classé
11
5 mars 2013

Et moi, et moi, et moi…

Après six mois à écrire sur Mondoblog et près d’un an à publier régulièrement mes écrits sur différentes plates-formes, et surtout à la veille d’un changement de lieu (je déménage à Berlin demain), il me semble qu’une auto-critique, une confession, une vraie, pas comme celle de Rousseau mais sévère, comme celle de Saint-Augustin, s’impose.

Alors, par où commencer?

Allons-y d’abord avec un constat personne l: je trouve Montréal Anyways moins bon que mes deux blogues précédents (Les Enfants de Marx et de Coca-Cola et Un Enfant de Marx et de Coca-Cola). Le premier était un blogue sur l’éducation,un sujet que je ne connaissais à l’époque presque pas, et le deuxième était, en gros, le journal intime d’un été à Berlin qui n’était peut-être intéressant que par son honnêteté et rien d’autre. Mais justement parce que, par manque d’assurance, je gardais tout ça pour moi – c’est-à-dire que même si je publiais des articles, je ne m’arrangeais pas pour qu’on les lise, et même mes amis sauf quelques-uns – j’écrivais sans aucun compromis, et certains de ceux qui les lisaient m’ont dit être accros à Un Enfant de Marx et de Coca-Cola, dont je suis très fier.

J’écrivais sur rien, vraiment, sur ce qui m’intéressait au moment précis où j’avais envie d’écrire, exactement comme le disait Moodymann, le DJ:

«Je ne vais pas jouer les chansons les plus “hot“ dans le monde, mais ce que je vais faire, c’est de vous donner la vérité sur ces tables tournantes. Ce que je vais faire c’est de partager mon environnement et ce qui se passe à Détroit.»

Et puis, voilà, c’était sincère et je crois que c’était bon. Mais invendable, évidemment.

Avec Montréal Anyways, j’ai tenté de faire quelque chose de plus «vendable», quelque chose qui puisse intéresser n’importe qui, pas seulement les gens qui me connaissent.

Donc, j’ai eu cette idée, assez brillante: Montréal Anyways, «sur les traces de Leonard Cohen». Ça aurait été intéressant, je crois. Je crois même que j’aurais pu en faire un livre. J’avais fait une liste d’une quarantaine de sujets, tous liés à Leonard Cohen. Mais non. J’ai écris un premier article sur lui, et puis, je me suis dit: mais c’est beaucoup trop de boulot!

Premier péché: la paresse…

C’est con parce que mon article le plus pertinent, sur Mondoblog, a dû être celui que j’ai écrit en marge des deux concerts de Leonard Cohen à Montréal en novembre dernier.

C’était un sujet à l’ordre du jour, qui intéressait un assez grand nombre de personne (ils étaient près de 40.000 à le voir seulement à Montréal), mon angle était original (le public de Leonard Cohen) et j’ai certainement pondu un des meilleurs articles possibles sur ce sujet-là. Et, avec cet article, j’ai gagné au moins un fan: Serge. Génial non?

Mais je prévoyais le coup. Je me suis déplacé. J’ai eu froid. Je ne fais pas ça souvent.

Mais bon, admettons qu’on me pardonne ma paresse et qu’on se dise qu’«au moins, j’écris pas mal», j’ai encore un autre péché: je suis absolument très mauvais pour «marketer» mon produit.

Je n’ai jamais vraiment fait d’argent avec le journalisme et j’ignore si j’en ferai un jour, mais même bénévolement, je ne suis pas lu. Je ne sais pas combien vous êtes à lire Montréal Anyways, mais quoi… 5? 10? Pas plus j’en suis sûr. Je sais que mon père le lit. Même pas ma mère. Manon sûrement. Serge. Boubacar peut-être. J’ai aussi une nouvelle fan depuis mon article sur la Saint-Valentin: Danielle. Alors c’est ça, ça fait environ 5: certains membres de ma famille, certains amis, et quelques autres Mondoblogueurs.

J’avoue que ça fait «pauvre petit Nicolas, personne ne le lit», mais non, en fait, je n’ai fait aucune, mais aucune promotion de Montréal Anyways. Je ne sais pas comment. Twitter ça me fait chier. Je déteste ça. Et puis, si on vous lit, ça veut aussi dire qu’on vous critique… J’avoue que j’accepte difficilement l’échec, la critique. Mais je m’améliore.

J’avais une tribune d’opinion sur le site internet de La Presse. J’écrivais à propos de politique, sur des sujets controversés, toujours dans le style polémiste. Je sais que là, ils étaient au moins 500 à me lire (comme à l’époque de 4MTL) et un de mes textes a été lu par exactement 4 889 personnes, peut-être pas très attentivement, mais quand même.

Ça s’appelait: «Des “communiste péquistes“ à Radio-Canada?»

Bien sûr, le titre était accrocheur. Et le sujet, à l’époque, était chaud: un journaliste québécois venait de passer en politique et il était accusé d’avoir été un journaliste «militant». Bien que je n’aie même pas eu à me déplacer pour l’écrire (j’étais à Berlin), c’était un de mes meilleurs textes, évidemment puisque le sujet me passionnait. Bien construit, provocateur, avec un bon mélange – je trouve – de common sense et d’expertise (j’ai déniché une vieille conférence de Pierre Vennat, journaliste légendaire à La Presse, pour appuyer mon point), avec une prise de position sincère (les journalistes devraient être engagés et, surtout, intègres) et simplement, je crois, assez divertissant.

Je savais que certains laissaient des commentaires sous mes textes, mais j’avoue que j’avais trop le trac pour les lire. Je les ai lus aujourd’hui. Les 13. Voici ce qu’on m’a dit:

  • «Vous êtes bien naïfs» (de la part d’un monsieur de droite),
  • «M. Dagenais devra trouver de meilleurs arguments pour faire valoir ses dires» (de la part d’un monsieur de gauche),
  • «Les gens comme Mario Dumont et Nicolas Dagenais se font donc les courroies de transmission (involontaire?) des attaques de Harper contre Radio-Canada.» (Si vous saviez qui était Mario Dumont! C’est un peu le Jean-Marie Le Pen du Québec),
  • «M. Dagenais serait-il, encore une fois, pour toutes les magouilles , les corruptions et les collusions du PLQ afin de remettre au pouvoir, pour un quatrième mandat,un parti qui doit sortir avant le conclusion de la Commission Charbonneau ?» (Celui-là me trompait pour un partisan du Parti Libéral du Québec. S’il savait!)

Il y a eu d’autres commentaires, la plupart fort intéressants, mais je remarque surtout que, sur 13, un seul lecteur semble avoir compris réellement ce que je voulais dire:

«M. Dagenais, si je comprends bien vous nous dites que le professionnalisme n’existe pas dans le monde journalistique. Est-ce votre façon d’envisager votre future carrière? Donc, l’objectivité n’existe pas? Qu’en pense vos futurs collègues?»

Donc, je ne suis pas assez clair. Voilà peut-être un autre problème. C’est mon côté artiste.

Et puis, il y a une dernière chose qui me tracasse: j’ai l’air de m’intéresser à tout, mais en fait, je ne m’intéresse pas nécessairement à ce dont je parle, mais à ce que j’y vois, moi, derrière. Quand je parle de journalisme, c’est pour parler de vérité. Quand je parle d’amour, c’est pour parler de sens. Quand je parle de mes grands-parents, c’est pour parler de la mort (malheureusement). Quand je parle d’art, de voyage, c’est pour parler d’ennui. Quand je parle de Montréal, c’est pour parler de moi. De moi dans Montréal. De Montréal dans moi. En fait, Montréal Anyways, c’est un blogue sur moi. Moi, moi, moi…

Une amie, aussi journaliste, m’a déjà reproché de n’écrire que sur ce qui m’intéresse, d’être égoïste, de ne penser qu’à moi, et même dans la vie. Elle avait peut-être raison.

Mais en fait, j’en suis plutôt fier. Parce que c’est, au fond, le sujet que je connais le mieux. Le seul que je pourrai jamais connaître? Enfin, je crois que je le connais…. peut-être pas.

Mais je vous promets une chose: vous, quand vous me lisez, vous me connaissez vraiment.

Qu’est-ce qu’il disait Hemingway?

«You belong to me and all Paris belongs to me and I belong to this notebook and this pencil.»

Lire la suite
01. mars
2013
Non classé
0

La grande finale

J’adore mes grands-parents. Je vous l’ai dit l’autre jour.

Mais pas toujours…

Ils signaient le bail de leur nouvel appartement aujourd’hui. En banlieue sud de Montréal. On dit la Rive-Sud parce que Montréal est une île, vous saviez? «Ça va être beau. On va avoir plein de “facilités“. On est sur le bord du fleuve. On va voir les feux d’artifice. Tu viendras nous voir, là.»

Elle parle des feux d’artifice du Vieux-Port de Montréal. L’été, chaque jeudi et samedi. C’est pas mal, mais je les ai déjà vus 1000 fois. C’était une activité de famille quand j’étais petit. D’aller au bureau de mon père au 37e étage du plus haut gratte-ciel du centre-ville. Le soir. C’était excitant. On se sentait comme des cambrioleurs. D’ouvrir la radio pour écouter la musique assortie et de parler à voix basse pour ne pas réveiller qui donc? Cinq minutes c’était beau, les 15 minutes du milieu, c’était plate. On attendait la grande finale.

Eh bien, pour une grande finale, je peux vous dire que je suis déçu de mes grands-parents. La banlieue, on sait ce que c’est: c’est la mort.

J’ai assez chicané ma soeur quand elle a acheté sa maison à Laval. Oui, t’as une maison pas chère, mais tes enfants vont aller à l’école avec des nonos. Tu verras jamais tes amis. Et maintenant mes grands-parents… Ils avaient une belle maison devant le lac L’Achigan. Mon grand-père avait son potager. Un bateau. Il allait à la pêche. C’était beau. Halle Berry avait un chalet là-bas quand elle sortait avec son mannequin québécois.

Mais ils ont peur. C’est ça, en gros.

Si l’un des deux meurt, l’autre se retrouve tout seul avec toutes les démarches pour vendre la maison et les papiers, et cetera.

Au fond, c’est un geste d’amour.

Mais vous savez ce qu’on dit: l’amour est aussi aveugle que Stevie Wonder (qui, justement, écrivait de très aveugles chansons d’amour.) Ils oublient qu’on est là. À tout moment. Comme quand mon grand-père paternel est mort. Chez lui. Et puis, mon père s’occupe des papiers de ma grand-mère. Ça marche.

Vous savez les maudites publicités dans Le Bel Âge? C’est ça que ça donne. Ça se sert de la peur pour vendre des «appartements pour personnes autonomes» 4x le prix. Mais c’est con. S’ils meurent nos vieux, parce qu’ils habitent en banlieue et qu’ils s’ennuient à mourir, vous allez arrêter de faire de l’argent avec eux, ma bande de caves! Je vous hais.

C’est sûr que je suis un peu égoiste. J’adorais cette maison-là. J’y passais une semaine tous les ans quand j’étais petit et que mes grands-parents passaient l’hiver en Floride. J’adorais y retourner. Je m’ennuie à la campagne, mais ça fait du bien s’ennuyer. Et puis, j’ai plein de souvenirs là-bas. J’ai regardé Astérix: Mission Cléopâtre 22 fois sur une des 800 chaînes qu’ils avaient. J’ai fait l’amour avec une Marseillaise dans la montagne derrière. Je n’aurai même pas le temps d’y retourner avant la vente de la maison.

Ma mère aussi, ça lui fait de la peine. Elle aimerait bien que mon père l’achète avec sa soeur. Mais ça n’arrivera pas. Mon père est attaché au chalet familial à Saint-Anicet.

Elle leur a répété cent fois.

Leur épicerie, ils peuvent se la faire livrer. Les médecins, ils se déplacent maintenant, non? En 2013, si t’as de l’argent, tout se fait, non? C’est la beauté de la modernité.

Moi, je ne sais pas, mais je n’aime pas voir mes grands-parents se préparer à mourir.

Et ma mère et ma tante essayer d’influencer la décision, je trouve ça assez pathétique.

Je me sens comme dans L’Heure d’été mais l’hiver…

Cristi.

Lire la suite
01. mars
2013
Non classé
1

Trois mois

Une salle de quoi… 200 personnes, pleine à craquer. Une heure et demie de bonbon et je crois que je parle au nom de tout le monde qui y était parce qu’il y aurait eu un standing ovation si le modérateur n’étais pas intervenu trop rapidement nous proposant une période de questions où absolument personne n’a posé de question. Tout était déjà dit.

Un film sur l’amour. Non, ce n’était pas Amour de Haneke. Ça aussi je l’ai vu, mais c’est atroce. Je vous interdit légalement de le voir. (Comme tout ce qui est interdit, faites-le).

Non, ça s’appelle Conte du Mile End.

C’est réalisé par Jean-François Lesage, un ami qui était journaliste avant et qui a compris que, dans sa forme actuelle, ça valait rien. C’était la première samedi dernier dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois dont la publicité est assez géniale, mais moins que le film: moins beau, plus vrai. C’est vraiment un excellent film. L’ai-je dit?

Et je ne suis pas du tout biaisé. J’aurais adoré le détester. D’ailleurs, je l’ai jalousé cinq minutes, mais il fallait se rendre à l’évidence: ce gars a beaucoup plus de talent que moi.

Donc, pourquoi ça s’appelle Conte du Mile End et pas Amour ? Et pourquoi Amour de Haneke qui ne parlait au fond pas du tout ou presque pas de l’amour s’appelait Amour?

Si vous vous posez une de ces questions, vous n’avez absolument rien compris au cinéma.

Ça se passait dans le Mile-End – le Williamsburg ou le Kreuzberg si vous voulez de Montréal -, là d’où viennent Arcade Fire et tous ces artistes qui ont fait dire à certains autour de 2006 que Montréal était la nouvelle Seattle (la ville aux États-Unis avec le deuxième plus haut taux de suicide, merci beaucoup) et on le sait parce qu’on nous montre à deux reprises des Juifs hassidiques qui sont très présents dans le quartier. Mais à part ça, il y a une scène au Nouveau Palais (un resto late-night assez hip) que je n’avais pas reconnu, mais pas de bagels, pas de 80 (la ligne d’autobus je parle), pas de ce qui est très distinctif du Mile End excepté une chose: l’impermanence. À part les Juifs et les Grecs, on ne vit pas au Mile End, on passe. On vient d’Edmonton ou du Texas, on se réfugie ici politiquement (le créationisme, etc.) et on repart à New York ou Toronto.

C’est comme Berlin pour moi. J’y vais chaque année, trois mois, et puis je repars.

Quoi d’autre est impermanent aujourd’hui? Trois chances.

La religion? Non.

Le capitalisme? Non. Dernière chance.

Oui! L’amour. Bravo.

J’en parlais dans mon billet à la Saint-Valentin. On oublie que l’amour est basé sur ce beau mythe qui s’appelle le coup de foudre (theia mania en grec: la folie des dieux) et on s’inscrit sur des sites de rencontre absurdes où le coup de foudre est techniquement impossible… ou alors assez ridicule. Oh chérie, quand j’ai surfé ton profil ce jour-là, je me suis branlé trois fois de suite sur ta photo, tu sais, celle où tu portes une perruque rose?

Vous avez raison: je n’ai rien pour supporter ce que je dis, sauf la littérature des 3000 dernières années et la vie… et le cinéma, qui en est, même la science-fiction, le reflet.

Et puis le film ? Je ne vous en dis rien, comme c’est mon habitude quand je sens que je vous ai hameçonnés. Il sortira jamais en salle chez vous. Venez donc le voir à Montréal.

Je niaise: cliquez ici pour voir la bande-annonce.

Lire la suite
Article : La haine des vieux
Non classé
5
18 février 2013

La haine des vieux

Je me suis retrouvé vendredi dernier dans une maison formidable, une maison de Westmount qui recèle de presqu’autant de tableaux prestigieux et de mémoires légendaires que la Casa de Alba et qui est celle de la fille d’Andrée Maillet, écrivain québécoise, directrice de la fameuse revue Amérique Française dans les années 1950s, et l’héritière de deux riches hommes d’affaire du début du XXe siècle.

Il était tard, presque cinq heures du matin, et je suis reparti de là, sans trop comprendre pourquoi, avec un livre d’Andrée Maillet, son dernier, un roman épistolaire dans lequel une certaine Salomé évoque, façon très nouveau roman, une histoire d’amour avec un New-Yorkais, qui apparemment était bien réelle et l’avait hantée tout au long de sa vie. Ça s’appelle Lettres au Surhomme. Le Surhomme c’était l’«übermensch» de Nietzsche évidemment. Et Salomé comme dans Lou Andreas-Salomé, la seule femme, dit-on, de qui Nietzsche ait jamais été amoureux.

J’étais en extase.

Quelle chance d’avoir une grand-mère à laquelle Winston Churchill avait d’ailleurs adressé personnellement une lettre pour lui dire qu’il avait bien aimé son livre!

Mais je n’ai pas à me plaindre. Ma grand-mère paternelle était une proche des Compagnons de Saint-Laurent qui sont plus ou moins les fondateurs du théâtre québécois, mon grand-père un ingénieur réputé, et le père de ma mère était un un inventeur formidable (la légende familiale dit qu’il a inventé les patins à roues alignées) et ma grand-mère était une socialite appréciée de tous. Elle l’est encore.

J’étais chez eux hier, dans leur maison des Laurentides, à 45 minutes au nord de Montréal.

–       Tu sais ce qu’il disait l’humoriste, comment s’appelle-t-il…

–       Yvon Deschamps ?

–       Oui c’est ça, tu sais ce qu’il disait : «Ce n’est pas le temps qui passe, mais nous qui passons dans le temps.»

J’ai vérifié. Ce n’était pas Yvon Deschamps, c’était un autre humoriste fameux du nom d’Albert Einstein, mais ce n’est pas important: l’important c’est que la vieillesse est d’après moi l’âge le plus formidable de la vie, cet âge où le pessimisme et la sérénité rejoignent presque l’idéal nietzschéen, et que je trouve, et je ne suis pas seul, que le mal suprême ici-bas c’est la façon dont on traite nos vieux, comme des enfants, comme des débiles même, quand ils sont infiniment supérieurs à nous.

Bien sûr qu’ils sont perdus, bien sûr qu’ils oublient nos noms, bien sûr que ma grand-mère qui tient un discours quasi-marxiste vote à droite, mais lorsque je tombe chez mes grands-parents sur un magazine comme le Bel Âge – cette honte journalistique suprême pourtant très réputée dans laquelle, une page sur deux, on leur vend des crèmes de jouvence avec des mannequins que je soupçonne des trentenaires avec les cheveux teints en blanc et, au verso, des «résidences pour personnes autonomes» (!) quatre fois trop chères ou des maisons de vieux qui sont, et j’en ai visité une il y a quelques mois, privée, moderne, mais basées sur le modèle de la pré-maternelle – j’ai honte de mon pays.

cover-1901360249745
Quel âge vous lui donnez, elle? 35? 40?

Et toute cette publicité dans le Bel Âge (aussi sous la forme d’un publireportage du genre «Mon plan anti-âge»), c’est sûrement la forme la plus vicieuse d’un phénomène que je vois très répandu dans mon pays et je suis bien d’accord avec Houellebecq – qui a été élevé par ses grands-parents – on doit l’appeler par son nom : la haine des vieux.

Vous avez lu La Possibilité d’une île de Houellebecq? Ce roman qui a inspiré à Iggy Pop une chanson aussi optimiste que «It’s Nice to be Dead». Il faut le lire.

Houellebecq, je sais que vous le détester en France parce qu’il ne paye pas ses impôts, mais il a bien raison là-dessus : «Nous sommes piégés dans un monde d’enfants. De vieux enfants. La disparition de la transmission patrimoniale signifie que le vieux aujourd’hui n’est qu’une ruine inutile. Ce qu’estime en général la majorité c’est la jeunesse, ce qui rend la vie automatiquement déprimante, parce que la vie consiste, en gros, à vieillir.»

J’avais rencontré durant le «printemps érable» cette femme, la vice-présidente aux ressources humaines d’une grande banque québécoise, qui n’était pas du tout d’accord avec la gratuité universitaire évidemment, et qui m’avait dit très justement qu’on se pavanait dans la rue en criant la révolution et que pendant ce temps-là nos grands-parents étaient laissés à eux-mêmes, seuls, malades, et qu’on s’en foutait complètement.

Elle avait bien raison.

Heureusement, il y a aussi des gens, comme Edmonde Charles-Roux (la présidente de l’Académie Goncourt à 93 ans) qui sont là pour nous remettre à notre place, et qui disait déjà, en 1968, «Je refuse d’appeler civilisé un pays qui n’a pas le respect, la conscience de ce que l’on doit aux gens d’âge.» Ça lui venait de son héritage provençale disait-elle.

Alors, parce que quand j’entend mon grand-père parler de la sauce à spaghetti de ma grand-mère en des termes aussi éloquents que «C’est bon jusqu’au fond de mon âme.»

Avant d’ajouter : «Si ça existe, ça : une âme…»

J’ai un mot pour vous les vieux:

Je vous aime.

Lire la suite
Article : Joyeuse Saint-Valentin (malgré tout)
Non classé
8
14 février 2013

Joyeuse Saint-Valentin (malgré tout)

Laissez-moi vous raconter une histoire qui vous fera du bien en cette journée de l’amour.

Parce que je vous imagine sur Facebook, seuls, tristes, hésitant entre une panoplie de partys de Saint-Valentin ironiques où vous essaierez quand même de ramener quelqu’un parce qu’on se le dise, c’est beaucoup mieux que de ramener sa plus seule solitude comme le disait Nietzsche. (Moi la solitude, c’est un outil de travail, mais je sais que vous, ça vous ennuie. Un peu? Beaucoup? À la folie? Everything’s gonna be alright.)

J’étais chez le dentiste (n’arrêtez pas de lire)…

… d’ailleurs, il faut que j’y retourne dès mardi parce qu’on m’a diagnostiqué deux caries. (Merci aux assurances de papa!) Oui, désormais, je passe ma soie dentaire matin, midi, soir, et juste comme ça, de temps en temps en regardant la télé… Non mais vous pensez qu’ils se passaient la soie dentaire les hommes des cavernes? Pas besoin: les nomades du paléolithique n’avaient pas de caries, celles-ci étant apparues conjointement avec la sédentarisation, en -10 000 avant J.-C., tout comme la guerre d’ailleurs. Vive le progrès.

Un instant, j’y arrive: pendant que mon dentiste que j’aime bien me jouait dans la bouche, mon hygiéniste lui parlait d’un plan pour matcher son neveu avec une collègue. J’ai souri. Je trouvais ça sympa. Un peu plus tard, je lui ai demandé de me la pointer du doigt: c’était une petite brune de 5’2 maximum, l’air de Gollum un peu, mais pas trop laide.

Je me suis souvenu de cette étude consultée pour un story: depuis le début des années 90’s, les couples se forment deux fois moins via le travail, deux fois moins via la famille.

Puis, alors qu’on me radiographiait les caries, comme pour me venger, je demande à mon hygiéniste-dentaire si elle était en couple.

– Moi ? Oui.

– Depuis combien de temps? (Quel tact!)

– Pas trop longtemps… peut-être neuf mois.

Je lui ai demandé comment elle avait rencontré son copain, mais je le savais déjà et vous vous en doutez aussi j’en suis sûr: en ligne…

– Ce n’est vraiment pas mon genre ces trucs-là, assure-t-elle un peu mal à l’aise. Mais j’ai une amie pour qui ça a marché et elle m’a convaincue de m’inscrire pour un mois. À la fin du mois, un gars m’a envoyé un message. On a échangé nos Facebook parce que mon compte expirait. On a chatté pendant un mois et demi, et puis on est allé prendre un verre. Voilà.

Rien de surprenant: alors qu’en 1945, 65% des couples se formaient via les amis ou la famille ou bien à l’école primaire ou secondaire (10% des couples se formaient même à l’église!), aujourd’hui et depuis le début des années 1990, c’est sur internet ou dans les bars que ça se passe. Et remarquez chez les couples homosexuels: presque 70% online!

Voyez:

F1.large

Mais est-ce que cette savante étude ne dit pas aussi simplement qu’aujourd’hui, on se marie plus vieux? Sauf en Utah, aux États-Unis, où une moitié de Mormons se marient encore avant 25 ans ou en Russie où l’an dernier – je vous jure – le «chef du centre des problèmes de population du département d’économie de l’Université de l’État de Moscou» recommandait aux Russesses de trouver un mari avant l’âge de 30 ans. On dit que certaines Russesses de 30 ans sont encore réticentes à marier des alcooliques.

Mais connaissez-vous, vous, des gens qui sont mariés? Moi, à part mes parents, j’en connais pas. J’exagère, mais c’est vrai. Je ne connais personne de mon âge qui est marié.

(J’ai une amie qui s’est mariée pour les bourses d’études. Ça a mal fini cette histoire.)

Alors qu’est-ce qu’on fait quand on est encore seul à 30 ans et qu’«on n’a pas un réseau social immense» comme c’était le cas de mon hygiéniste? On s’inscrit sur un dating site et on sélectionne des profils.

« 90% des gens sur ces sites-là sont là pour les mauvaises raisons, dit-elle, t’as pas le choix d’identifier des critères et de sélectionner des profils. C’est drôle à dire, mais c’est vraiment du magasinage », ajoute-t-elle en souriant.

J’ai eu une pensée absolument immorale: «Si t’étais pas hygiéniste-dentaire aussi…»

C’est ça mon histoire. Joyeuse Saint-Valentin!

Ajout 1: J’avoue. Moi-même je suis inscrit sur cougarquebec.ca. Pour rencontrer des cougars, vous savez, ces femmes mûres qui cherchent des jeunes hommes. Quoi?

Ajout 2: Une amie d’ami – artiste-peintre/téléphoniste dans une clinique d’avortement, rousse, mi-Tchéque, 31 ans, un fils de 8 ans – me racontait qu’elle avait essayé les sites de rencontres elle aussi. Une fois, ça a marché. D’autres fois, des histoires d’un soir. Elle a invité deux prétendants à son vernissage vendredi dernier. Devinez avec qui elle a fini.

Lire la suite
Article : Pourquoi j’écoute pas 19-2
Non classé
2
11 février 2013

Pourquoi j’écoute pas 19-2

– Comment t’as trouvé 19-2?, me demande ma tante mardi matin, parlant de la télésérie policière ultra-réaliste dont la deuxième saison a débuté lundi passé sur Radio-Canada.

– Je l’écoute pas parce que tout le monde l’écoute, j’ai dit.

C’est pas exactement ça.

fond_ecran01_1680x1050
19-2: une série de Podz que ma tante connait bien parce qu’il a adapté au cinéma l’un des livres de mon oncle

This is the enemy, not the man, but the culture, disait Godard pointant du doigt le pauvre caméraman qui, à moins d’un mètre, le filmait présentant à Cannes ses Histoire(s) du cinéma que personne n’a vu parce qu’elles durent 266 minutes! C’était en 1988. Disait-il: Quand on va au cinéma, on lève la tête. Quand on regarde la télévision, on la baisse.

Vous en pensez quoi, vous, de la télé? Moi j’en pense rien. C’est-à-dire que je ne connais pas ça. Plus jeune, j’étais accro à Dans une galaxie près de chez vous comme tous les enfants du Québec, puis j’ai dû me désennuyer certains soirs avec Les Bougons, Les Boys, Rumeurs, 4 et demi, Catherine, Deux Frères, La vie, la vie, etc. Des fois, ça me faisait rire (Un Gars une fille); des fois, j’étais bouleversé (Fortier); d’autres fois, les deux (Minuit le Soir), mais seulement une fois une série québécoise m’a vraiment marqué: Les Invincibles, qui a d’ailleurs été remaké en France sur Arte. Quoique Les Invincibles, ce n’était pas vraiment de la télévision. C’était un genre de parodie de la télévision.

Mais quand je dis que je ne connais pas la télévision, c’est que je n’ai rien vu de ce qu’on pourrait appeler la télé post-HBO, ni The Sopranos, ni The Wire, ni de Breaking Bad, ni Mad Men, ni la dizaine d’autres séries qu’on nous recommande absolument (Six Feet Under, Downton Abbey, Deadwood, Game of Thrones, The West Wing, Lost, Dexter, Weeds, Friday Night Lights, True Blood). En gros, rien qui a été produit par cette chaîne américaine payante qui a longtemps eu pour slogan It’s Not TV. It’s HBO et à laquelle sont abonnées 30 millions d’Américains. Et qui a inspiré des téléséries comme 19-2.

Alors puisque tout le monde parle de 19-2, j’ai décidé d’oublier mon préjugé contre la télé et de visionner les pilotes de quelques-unes des séries américaines les plus célébrées.

Voici ce que j’en pense.

The Wire. La première minute de la première scène du premier épisode de la première des cinq saisons m’a suffit. Trop mal filmée… Vous savez qui a dirigé les deux premiers épisodes de The Wire? Clark Johnson. Un acteur devenu réalisateur. Il a touché au cinéma, avec les long-métrages S.W.A.T. (2003) et The Sentinel (2006), mais est-ce qu’on peut vraiment appeler ça du cinéma?

Breaking Bad. J’ai bien aimé. J’aimerais vous dire quoi, mais je ne m’en souviens déjà plus.

Mad Men. Bon. J’ai écouté le pilote. Puis, je devais me taper The Sopranos qui était la prochaine série sur ma liste, mais… ça me tentait de voir le deuxième épisode de Mad Men. Les séries vous rendent accros, ce n’est pas des blagues. Est-ce que c’est Jon Hamm – qui interprète un mystérieux publicitaire du Manhattan des années 60s – qui m’a charmé, ou les 68 actrices ultra-sexy qui y sont boostées comme des stéroïdes? Ça doit être ça, et sûrement aussi l’écriture efficace de Matthew Weiner, le créateur de la série. Matthew Weiner, c’est lui la «télé moderne». Il a aussi écrit 12 des 86 épisodes de The Sopranos et il travaille présentement sur un premier long-métrage qui est dû pour bientôt. Je suis acheteur. Maintenant la grande question: je passe un troisième épisode?

The Sopranos. Je passe mon tour: j’ai mal à la tête. Mais je vais lire le petit essai du pop-théoricien Diedrich Diederichsen sur la série. Peut-être qu’ensuite je tenterai le pilote mais il y a plus de chance que je réécoute plutôt The Godfather I, II et III.

Parlant de films qui durent presque 3 heures, je me suis surpris récemment à lire des critiques saluant Django Unchained mais mentionnant qu’à 165 minutes, c’était trop long. Ah oui? Pas sûr. J’ai entendu la même chose sur Laurence Anyways. Là je n’étais pas tout à fait en désaccord. Moi aussi je n’en pouvais plus à la 168e minute, mais je n’en pouvais déjà plus après la 30e. Ho hey les critiques! c’était pas trop long Laurence Anyways, c’était mauvais!

Breaking Bad à 54-épisodes-de-47-minutes-et-ça-continue, c’est trop long. Mad Men à 68-épisodes-de-47-minutes-et-ça-continue, c’est trop long. The Sopranos à 86-épisodes-d’1h-et-c’est-mort-et-enterré-heureusement, c’était extrêmement beaucoup trop long.

Et ils sont 30 millions à regarder ça comme des moutons; 1,5 million à regarder 19-2.

Pas moi.

C’est pas de l’anti-conformisme. J’ai d’autres choses à faire, voilà tout, comme revoir les Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard que vous devriez d’ailleurs tous vous louer.

C’est pas long: seulement 4h30.

Lire la suite
« »
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Sur les traces de Leonard Cohen

Auteur·e

L'auteur: Nicolas Dagenais
«I mistrust all frank and simple people, especially when their stories hold together.» C'est mon crédo de journaliste. C'est aussi une phrase oubliée d'un roman d'Ernest Hemingway (The Sun also Rises) qui, on l'oublie souvent, a été journaliste avant d'être écrivain. Mais quelle différence, au fond?

Populaires

Article : 24 heures non-stop ou une journée au Berghain
24 heures non-stop ou une journée au Berghain
18 mars 2013
De la politique
13 mars 2013
Article : Trois semaines sans écrire
Trois semaines sans écrire
7 février 2013
Article : Et moi, et moi, et moi…
Et moi, et moi, et moi…
5 mars 2013
Berlin 2013
11 mars 2013
L’amitié
12 avril 2013
Article : Joyeuse Saint-Valentin (malgré tout)
Joyeuse Saint-Valentin (malgré tout)
14 février 2013
Écrire
19 avril 2013
Hommage à la courge
19 septembre 2013
Papier Socialisme
29 mars 2013
Montréal Anyways © 2026
-
BLOG DU RÉSEAU MONDOBLOG
Mentions légales Centre de préférences
67